—Il nous faut encore deux jeunes beautés.

Et, sans consulter personne, choisit deux femmes assez piquantes. Puis on regagna les automobiles sur le quai.

Poutilof, de plus en plus maître des cérémonies, installa Alexandre Naudin dans le fond d’une grande limousine découverte entre Nadia et une fille nommée Maroussia. Il s’assit lui-même sur le devant à côté du soldat et laissa les autres s’arranger à leur gré dans les deux voitures restant.

Les autos filèrent à travers la ville et bientôt entrèrent dans la campagne. L’air était tiède encore, mais après la chaleur de la journée, il paraissait presque frais et Alexandre Naudin craignit que son amie Nadia, qui portait une chemisette transparente, prît froid.

—Nitchevo, dit-elle simplement.

Il la regardait. Dans la demi-obscurité, il ne voyait que sa tête petite, son profil pur et un cou long et mince.

Il se crut autorisé, à cause des cahots de la voiture sur la route raboteuse, à passer son bras autour de la taille de Nadia. Elle ne s’y refusa pas et il eut le plaisir d’enlacer un corps d’une extrême souplesse qui semblait complètement dévêtu. Dans un transport de joie bien naturel, il serra sa jeune amie contre lui.

Mais, à sa grande surprise, elle se dégagea de cette étreinte et repoussa la main qui devenait trop pressante.

«Il faut croire, pensa-t-il, que les choses ne vont pas si vite en Russie que chez nous et que ces filles demandent à être gagnées.» Mais il se sentait de force à faire cette conquête peu difficile et différa son attaque.

La promenade se poursuivait sous les étoiles silencieuses. Bientôt les voitures traversèrent un pont et s’arrêtèrent devant une maison en pleine campagne. C’était le restaurant appelé Fantaisie, dont le seul nom faisait rêver les jeunes femmes de Tiflis, car on y trouvait, dans un grand jardin au bord d’un affluent de la Koura, des pavillons où l’on pouvait souper.