—Il faut aller chez moi. Vous n’y voyez pas d’inconvénient?

—Et pourquoi donc? dit la jeune fille.

—Eh bien, attendez-moi quelques minutes ici. Cherchez pendant ce temps les nouvelles les plus intéressantes dans le Novoié Vrémia. Je reviens à l’instant.

Il monta chez lui pour voir si la chambre avait été faite, sonna le garçon, fit apporter un paravent qu’il déploya de façon à cacher le lit. Puis il redescendit tout essoufflé par tant d’activité, acheta une demi-douzaine de journaux chez le portier et vint chercher la jeune fille.

Dans la chambre, elle ôta son chapeau et son manteau. Il constata qu’elle était vraiment jolie. Elle avait des cheveux bruns coupés court et bouclés, un visage un peu allongé, une peau mate et qui s’éclairait d’une façon charmante, de grands yeux gris innocents et rêveurs, et une bouche petite qui, quand elle souriait, laissait voir des dents éclatantes. Les mains fines étaient soignées. L’excellent Ture Ekman se dit: «Voilà une fille de grand prix, mais comment travaillera-t-elle?» A l’avance, il sentait en lui des trésors de patience et d’indulgence.

Cependant, il installa Véra Alexandrovna dans un fauteuil, lui donna le Novoié Vrémia et s’assit à la table, un crayon à la main et une feuille de papier devant lui.

—Quelles sont les nouvelles de la guerre? demanda-t-il.

La jeune fille se mit à feuilleter le vaste journal et, non sans peine, trouva le bulletin du grand quartier général. Elle commença à le traduire; mais il était hérissé de termes techniques devant lesquels elle hésitait, cherchant ses mots, faisant de grands efforts pour essayer de franchir les tirs de barrage et d’enjamber les tranchées. Finalement, elle resta prise dans les fils de fer barbelés. La peine qu’elle se donnait pour s’en dégager lui rosissait les joues. Ture Ekman vint à son secours, mais ne réussit qu’à s’empêtrer avec elle; au bout d’un quart d’heure de travail opiniâtre, ils étaient tous deux fatigués, à bout de souffle, et n’avaient pas fait grand chemin.

Véra Alexandrovna soupira:

—Je ne pensais pas que ce fût si difficile, dit-elle, j’aurais tant voulu vous être utile! Mais je crois que je n’y arriverai jamais.