—Nous allons sortir ensemble, ma chère Véra Alexandrovna, dit-il, j’ai une course à faire. Voulez-vous m’accompagner?

—Je ferai tout ce que vous voudrez, répondit-elle.

Ils marchèrent dans les rues glacées de Pétrograd. Ture Ekman maintenant causait avec animation: il racontait sa vie à la jeune fille qui l’écoutait avec un intérêt passionné. Ce jour-là, l’excellent Ture Ekman, qui sentait le bras de Véra Alexandrovna s’appuyer sur le sien, fit la plus belle promenade de son existence. Il finit par ramener la jeune fille chez elle.

En la quittant, il passa à l’agence des wagons-lits, prit une place à destination de Stockholm pour le train du lendemain matin, entra chez un bijoutier, acheta une jolie barrette avec diamants et perles et, rentré à l’hôtel, il écrivit une lettre ainsi conçue:

«Très chère Véra Alexandrovna, je reçois un télégramme qui m’oblige à regagner Stockholm sans délai. Je suis bien fâché de ne pouvoir prendre congé de vous avant mon départ demain matin. Je garderai un souvenir délicieux des jours que j’ai passés près de vous. J’espère que ma lectrice, en échange de la peine qu’elle s’est donnée pour moi, voudra bien accepter cette petite broche.»

Il n’envoya la lettre et la broche par un commissionnaire que le lendemain matin, de bonne heure, au moment où il quittait l’hôtel pour gagner la gare de Finlande.