Mais j’arrive à une phrase d’Hérodote qui m’enchante: «Les pays habités les plus lointains ont en partage les plus belles productions... L’Arabie est, du côté du midi, le dernier pays habité; c’est le seul qui produit l’encens, la myrrhe, la cannelle, le cinnamome, le lédanon... Toute l’Arabie en répand comme une odeur divine...».

Là-bas, au sud, c’est Ispahan, et plus loin encore l’Arabie.

Je suis en Perse et je voudrais aller où je ne suis pas, plus loin, voir ces contrées lointaines qui sont les plus belles.

Déjà les étoiles piquent de points lumineux le ciel. Ces étoiles, je les connais. Voici les Ourses, la grande et la petite, et, rampant entre elles, le Dragon sinueux, voici Arcturus éclatant, toutes celles que j’ai appris à nommer dans mon ciel d’Occident au-dessus d’une petite ville dont des peupliers gardent l’entrée. J’ai été si loin pour les retrouver.

Et pour quelqu’un qui, de Véga, regarderait la terre, la même minute s’achèverait sur nous qui commença sur Darius, roi des Perses, et mort depuis vingt-cinq siècles.

L’air du soir caresse les feuilles; les roses parfument le jardin strict où la nuit est descendue.

Des Chameaux, des Anes, des Hommes et des Femmes.—L’après-midi, nous sortons souvent sans autre but que de flâner et de jouir paresseusement de la nouveauté si grande du spectacle, de goûter le charme subtil et profond de l’Orient.

Je prends un plaisir extrême à des choses qui laissèrent peut-être d’autres voyageurs indifférents. Il me semble que les gens qui ont passé ici avant moi n’ont pas décrit et n’ont pas aimé les seules choses qui m’attirent pour l’instant. Visiter des palais et des jardins c’est le devoir dont chaque touriste s’acquitte. Mais voir passer la vie multiple autour de soi est une jouissance plus forte et plus rare.

Dans la foule où je me perds, je m’intéresse surtout aux chameaux, aux ânes, aux hommes et aux femmes.

Des Chameaux.—Le chameau est un animal que je ne me lasse pas de contempler.