En lisant Hérodote.—Sous le portique, le soir, lorsque je rentre fatigué des courses de l’après-midi, je lis Hérodote sur les anciens Perses.

Beaucoup de choses sont allées d’ici en Europe dont nous avons vécu longtemps.

Je lis ces phrases: «Ce fut Dejocès, roi des Mèdes, qui le premier institua le cérémonial qui défend de pénétrer jusqu’au roi et de le consulter autrement que par message. Nul ne peut le voir. Rire ou cracher devant lui fut réputé l’action la plus injurieuse.—Il s’entoura de cet appareil imposant de peur qu’en le fréquentant, ses concitoyens, jadis ses compagnons, élevés avec lui, ne lui cédant en rien ni par la naissance, ni par les grandes qualités, ne vinssent à conspirer contre lui par jalousie, et afin que, ne le voyant pas, ils finissent par le croire d’une autre nature que la leur».

Et voici une coutume des Perses qui fut étrange.

«Ils délibèrent, ivres, dit Hérodote, sur les affaires les plus dignes d’attention; le lendemain, le maître de la maison où ils étaient réunis leur soumet, lorsqu’ils sont à jeun, ce qu’ils ont résolu la veille. S’ils l’approuvent, alors ils l’exécutent. S’ils le désapprouvent ils y renoncent. Et au contraire, ce qu’ils ont décidé à jeun, ils le revisent ivres».

Ainsi les Perses savaient-ils la relativité de toutes choses, même de la raison humaine qu’un peu de vin trouble.

J’aime aussi les Perses de ceci que raconte Hérodote et qui témoigne d’un noble orgueil.

«Ils honorent le plus, après eux-mêmes, ceux qui demeurent à côté d’eux, puis les voisins de ceux-ci, et ainsi de suite, selon la distance. Ils honorent le moins ceux qui sont les plus éloignés, s’estimant eux-mêmes de beaucoup et en toutes choses les plus excellents des hommes et accordant aux autres d’autant plus de vertu qu’ils sont rapprochés d’eux, d’autant moins qu’ils en sont éloignés».

Il nous apprend aussi comment ces Perses fiers élevaient leurs enfants: «L’éducation consiste en trois seules choses: monter à cheval, tirer de l’arc et dire la vérité».

Ils avaient des idées très nettes sur le bon et l’utile. «Les choses qu’il ne leur est pas permis de faire, il leur est interdit d’en parler».