Il doit y avoir des nuages dans le ciel, car je n’aperçois plus d’étoiles.

Soudain une rafale de vent plus forte et une série régulière de petits chocs sur les feuilles, puis une goutte, deux gouttes sur ma figure. C’est la pluie!

Désespoir! Va-t-il falloir se lever dans la nuit, se rhabiller?

Ah! que la pluie ne cesse-t-elle! Une minute ou deux d’attente; non, les gouttes arrivent plus pressées sur les feuilles et tombent sur moi.

Et c’est, dans l’obscurité, sous la pluie qui fouette, un désordre, une confusion, une fuite, chacun de nous à moitié habillé, les femmes enveloppées dans des châles, les hommes transportant les lits de camp sur lesquels on entasse les valises. En chemise ou en pyjamas, nous courons à travers le grand jardin sombre sous les arbres qui, à chaque rafale de vent, nous envoient une cinglée de pluie dans la figure.

Au chapar khané, les Bibesco vont réveiller leur cousin et s’installent à trois dans une chambre minuscule. Le ménage Phérékyde et moi, nous arrangeons de notre mieux sous le portique du relais. Bagages et provisions sont empilés entre les lits. Pourrons-nous dormir maintenant? Il est minuit déjà. Dans trois heures et demie, il faudra se lever. Près de nous, le vieux gardien du relais, couché sur une natte, ronfle effroyablement. Aimé s’est jeté à plat ventre dans une voiture et dort.

Sous la lampe suspendue, nous essayons d’attraper le sommeil. Un petit bruit inquiétant et tout voisin nous alarme. On dirait des souris qui grignotent. Ce sont, en effet, des souris qui attaquent les provisions. Deux fois, trois fois, nous les chassons; elles reviennent et lassent notre vigilance. Nous nous couchons, résignés aux dégâts qu’elle pourront faire, résolus à leur laisser la paix pourvu qu’elles ne s’attaquent pas à nos oreilles.

Patatras! un grand fracas nous fait sursauter. Un chat a renversé trois boîtes de conserves et cassé deux verres, puis il s’est mis au pillage. Il est vrai qu’il a préalablement chassé les souris. Assis sur nos lits, nous regardons le chat sans colère.

Mais il est bien difficile de dormir sous le portique. Des gouttes de pluie chassées par le vent arrivent jusqu’à nos figures. Une voiture entre dans la cour. Deux Persans en descendent, nous regardent et se mettent à discuter avec leur cocher.

Ils s’en vont enfin.