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Au consulat, nous apprenons par un mirza que le mollah de la mosquée Djouma s’offre à nous la laisser visiter. C’est une chose tellement extraordinaire en Perse où jamais un Européen n’a pu comme tel entrer dans une mosquée, que nous n’en croyons pas nos oreilles. Il paraît que le mollah est un homme éclairé, sans fanatisme; il a compris qu’il n’y avait dans notre curiosité aucun désir sacrilège, mais seulement l’envie de voir des œuvres d’art anciennes, uniques. Alors il nous fait dire qu’il répond de notre vie dans sa mosquée. Mais... il y a un mais, il faut nous entendre avec le gouverneur pour nous faire protéger à la sortie par des soldats, car la population du bazar sera exaspérée.

Alors nous en causons avec le chargé d’affaires et tout de suite nous voyons que la chose est impraticable, que le gouverneur ne voudra pas se mettre à dos tous les mollahs et la population entière, et que, nous donnât-il des soldats, ceux-ci seraient les premiers à tirer sur nous.

Nous ne verrons pas la mosquée Djouma.

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Après le dîner, les cosaques travestis en l’honneur de je ne sais quel saint nous donnent la comédie dans le jardin. L’un d’eux s’est déguisé en autruche dont il imite à s’y méprendre le cri, la démarche, et les mouvements de cou. Un autre est en roi, un troisième en mariée. Ces cosaques sont de grands enfants. Et le tout se termine par une scène cocasse de pêche au bord du bassin central où l’autruche finit par faire une pleine eau.

Les étoiles criblent le ciel de points d’or clair.

Jeudi 2 juin.—Le marchand aux belles miniatures ne revient pas. J’achète encore quelques petites tasses. Elles ont été faites, pour la plupart, à Ispahan aux XVIIe et XVIIIe siècles, par des ouvriers chinois qu’y avait amenés Chah Abbas et qui restèrent là pendant plusieurs générations.

On nous montre un lot considérable d’armes sans intérêt. Je trouve un beau plat chinois, marqué à la feuille, que je paie quelques francs et une laque du XVIIIe siècle d’une patine et d’un goût d’ornement exquis.

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