Sept heures, nous mangeons et buvons verres de thé sur verres de thé. Le télégraphiste ne revient pas.
A sept heures et demie, il fait nuit. Aimé commence à préparer les bagages.
J’ai l’âme pleine de désespoir à l’idée de quitter Kachan et d’y laisser ces reflets métalliques qui pourraient être à moi. J’erre dans le corridor, l’escalier et la cour essayant encore d’ouvrir les portes.
Au fond de la chambre où nous nous sommes reposés, il y a une porte peu solide. Je pousse, elle cède et me voilà dans un cabinet sombre. Je frotte une allumette et je vois rangées contre le mur cinq ou six plaques de dimensions diverses. Jamais avare découvrant un trésor ne fut plus heureux que moi à cette minute.
Mais il faut examiner les plaques attentivement, car les faussaires sont adroits et savent le prix des reflets métalliques anciens. Je n’ai que des allumettes pour m’éclairer; je me mets à genoux et fais l’inventaire. Voilà une plaque d’à peu près un pied carré, à fond d’enlacements et d’oiseaux d’un dessin très fin, très aigu. Sur ce fond ocre clair, s’enlève une inscription en caractères bleus d’une netteté et d’une puissance de jet incomparables. Ce sont bien là toutes les caractéristiques de l’art au plus beau temps de l’époque mongole, et je tressaille de joie. L’allumette s’éteint, j’en rallume une autre. Avec cet insuffisant éclairage je ne puis juger de la qualité de l’émail, de la valeur des reflets. C’est pourtant à cela que se décidera l’authenticité de l’œuvre. Il faudrait les voir au jour, mais je n’attendrai pas à demain, je sens déjà que cette plaque ne me quittera plus.
Trois autres plaques de plus grande dimension ont une couverte magnifique bleu turquoise et de belles inscriptions.
Cette série-là, je ne la connais pas, mais je ne la laisserai pas à Kachan.
Je découvre encore deux étoiles à reflets métalliques excellents et un petit fragment du XIVe siècle.
Je suis au comble du bonheur.
Le télégraphiste ne revient toujours pas. Il est neuf heures; il faut partir. Alors je lui écris une lettre en lui disant que j’emporte ses plaques, qu’il ait à m’en télégraphier le prix à Téhéran, et que si nous ne pouvons nous mettre d’accord, je les lui renverrai à mes frais.