Samedi 10 juin.—A quatre heures et demie du matin, je traverse le village. Arméniens et Tatares s’y massacrent.

Je compte jusqu’à dix chariots pleins de morts. De leurs terrasses les habitants se fusillent à distance. Pourtant on me laisse passer. Personne ne fait même mine de m’attraper.

Je n’ai plus d’huile pour le moteur. J’achète de l’huile de table. Il faut arriver. Dans tous les villages que je traverse on se bat. Partout il y a des soldats. Je dors de nouveau sur la route près d’Erivan.

Dimanche 11 juin.—Erivan est en révolution. Pour le traverser, il me faut l’autorisation du chef du parti révolutionnaire.

C’est cet excellent mécanicien qui m’a refait mon axe à l’aller. Il m’accompagne à travers la ville. Je vois des Arméniens jeter des bombes sur des maisons tatares, des Tatares fusiller des Arméniens. Je file sur Délijan et Akstafa où je prendrai le train.

La route est ici sèche, j’avance. Pendant les vingt derniers kilomètres, je n’ai plus d’eau dans le moteur! Impossible d’en trouver. J’avance tout de même; tant pis pour la voiture, je veux arriver. Le moteur continue à marcher comme s’il était rafraîchi par l’eau. J’arrive enfin à Asktafa. Je prends le train et le lundi 12 juin, je suis à Tiflis. Le lendemain matin, mes compagnons descendent du train de Bakou.

Ils ont été jusqu’à Ispahan, et, en auto, jusqu’à Koum, au centre de la Perse!...

CHAPITRE XI
LA DERNIÈRE ÉTAPE