A Bakou, la compagnie postale qui fait le service sur Enzeli est la compagnie «Caucase et Mercure». Comme je l’ai dit, ses vapeurs ne passent pas la barre à Enzeli. Pour éviter le débarquement impossible en pleine mer, il faut s’adresser à Bakou à la compagnie Nadiejda qui a de petits vapeurs à fond plat lesquels arrivent à quai à Enzeli. Le service postal se fait les dimanches et jeudi: l’autre service est irrégulier; mais il part au moins un bateau par semaine.
A Tiflis, il faut s’informer du départ à l’agence de la Nadiejda sous peine d’avoir à passer plusieurs jours à Bakou, séjour sans agrément.
A Bakou, on fera sa provision de benzine. Il faut avoir quatre caisses pouvant contenir chacune soixante bidons, donnant ainsi douze cents kilos d’essence. Il faut veiller à ce que les caisses soient bien faites et solides. On les embarque avec soi pour Enzeli-Resht.
A Resht, la poste qui se charge des messageries prendra vos trois caisses (vous en laissez une à Resht) et vous les acheminera comme bagages sur Téhéran.
On fera bien de se munir à l’avance d’une autorisation du ministre des postes à Téhéran pour laisser transporter les caisses par poste. Le représentant de votre pays près du Chah fera le nécessaire. Il est indispensable, en effet, que les caisses voyagent par poste, car, par caravane, elles mettraient un temps très long à atteindre Téhéran. La poste fait le trajet Resht-Téhéran en 50 heures.
Pour l’argent nécessaire au voyage, prendre une lettre de crédit qui soit bien faite. J’en avais une du Comptoir National d’Escompte qui m’a permis de toucher l’argent dans toutes les villes importantes où nous avons passé et à Ispahan même. Mes compagnons ont eu des ennuis assez sérieux avec des lettres qui ne les accréditaient que dans deux ou trois villes, tandis que la mienne était libellée pour le monde entier.
En Perse, on a des billets de banque de 1, 2, 5, 20 et 100 tomans, émis par «The Imperial Bank of Persia». Mais il est indispensable d’avoir de la monnaie d’argent, pièces d’un et de deux krans, monnaie lourde et incommode que l’on porte dans des sacs.
Un domestique interprète est nécessaire. On peut à la rigueur s’en passer à Enzeli où les fonctionnaires de la douane sont belges et sur la route russe entre Resht et Téhéran. Mais pour aller à Ispahan, il n’en est pas de même.
Votre ministre à Téhéran fera les démarches pour vous en procurer un. Il en faut un aussi pour le Caucase: on en trouve à Tiflis.
Comme je l’ai dit, de Resht à Téhéran, il y a trois cent quarante kilomètres. Si l’on n’a pas trop d’accidents de pneumatiques, on peut les faire dans une journée. Mais il faut partir de grand matin, car la route est dure, en lacets pendant plus de cent cinquante kilomètres, coupée de caniveaux et s’élève à seize cents mètres. Jamais, même sur la ligne droite Kaswyn-Téhéran, on ne peut faire de vitesse. Une moyenne de 25 à 30 kilomètres à l’heure me paraît difficile à dépasser.