Si l’on est en état de supporter une forte étape, je conseille de partir de grand matin de Téhéran de façon à arriver vers onze heures, midi, à Koum. On s’y reposera deux heures dans le jardin charmant du chapar khané; on regardera de loin la belle mosquée et à deux heures au plus tard, on repartira pour Kachan où, avec de la chance, on arrivera entre six et huit heures du soir.
A Kachan, coucher chez le télégraphiste du gouvernement indien avec l’autorisation du ministre d’Angleterre. On y trouvera les bidons de pétrole, envoyés huit jours auparavant par poste.
Le lendemain, partir de bonne heure. Ici les relais sont plus éloignés les uns des autres et l’on ne rencontre plus aucune ville sur la route jusqu’à Ispahan. Les vingt-cinq premiers kilomètres sont dans un désert de sable fin et la couche en est parfois très épaisse. Si l’on s’ensable dans un lit de rivière à sec, les madriers vous aideront à vous en tirer. Mais il n’est pas douteux qu’une forte machine ne passe partout.
Ce jour-là, il est très difficile de trouver un gîte. Aussi je conseille de pousser tant que l’on peut. On fait quatre relais dans la plaine pour arriver à un relais qui est près de la petite ville de Natanz.
Là commence un trajet d’une cinquantaine de kilomètres dans les montagnes où l’on ne marchera qu’avec beaucoup de prudence.
Si l’on est trop fatigué, il y a une chambre au relais au milieu des montagnes à Imanzadé-Sultan-Ibrahim... et un grenier à paille.
Si l’on a assez de force et que le temps le permette on peut pousser jusqu’à Murchekar et peut-être jusqu’à Ispahan. Ce serait une journée bien fatigante et qu’il faudrait commencer au plus tard à cinq heures du matin. Mais enfin, si vous n’avez pas de trop grands ennuis de pneumatiques, il est certainement possible de faire en douze à treize heures, malgré sables et montagnes, les deux cent vingt kilomètres qui séparent Kachan d’Ispahan. Vous aurez prévenu de Kachan par télégraphe votre hôte à Ispahan.
Car vous ne trouverez ni hôtel, ni gîte d’aucune espèce, et il vous faudra recourir à l’hospitalité du consul de Russie ou de celui d’Angleterre.
Il vous enverra chercher aux portes de la ville par les cosaques ou les lanciers du Bengale qui vous guideront dans le dédale compliqué des petites rues et des bazars enchevêtrés et, au besoin, vous protégeront contre l’étonnement et la curiosité trop grande des habitants d’Ispahan.
On ne peut aller plus loin qu’Ispahan en automobile, du moins à ce qu’on nous a dit; la route est même difficilement praticable en voiture. Ce que j’en ai vu à quelques kilomètres à l’est d’Ispahan était très mauvais.