Vers huit heures, le dimanche, je sonne pour mon premier déjeuner. On frappe à la porte. Je crie: Entrez.
Et je vois une grosse tête réjouie de soldat qui passe par la porte entrebâillée. Encore à moitié endormi je ne comprends pas... Ah! oui, ce sont des soldats qui gardent l’hôtel, qui font le service, je suis à Tiflis, bien, bien... et je commence à lui expliquer en russe (!) ce qu’il me faut. Il m’arrête d’un «Guten morgen, mein Herr» qui tout de suite anime la conversation.
C’est un Allemand, né à Odessa. J’apprécie à sa valeur la délicate attention du gouverneur qui choisit pour le service des hôtels des soldats polyglottes.
Plus tard nous prenons l’air de Tiflis qui est moins en état de siège que les villes d’où nous venons. Des patrouilles de cosaques parcourent les rues et, en l’honneur de Pâques, un certain nombre de soldats se promènent dans les jardins en titubant et donnant tous les signes grâce auxquels on peut diagnostiquer avec certitude l’ivresse.
Nous parcourons à pied les bazars qui sont fermés, puis passons l’après-midi au jardin botanique et sur les crêtes rocheuses qui dominent Tiflis au sud-est.
Sur la colline qui domine au sud Tiflis.
Il fait un jour clair, charmant et voilé, avec des coups de soleil soudains sur la vallée de la Koura et sur les maisons pressées de Tiflis. A droite, à nos pieds, ce sont les bazars arméniens et persans, la vieille cathédrale; devant nous les quartiers neufs, le grand boulevard, les jardins du gouverneur et de la ville. De l’autre côté de la rivière, le terrain s’élève rapidement; là sont construits les quartiers ouvriers géorgiens, le couvent arménien sur une hauteur escarpée derrière laquelle passe la ligne de chemin de fer qui mène à Bakou.
Plus loin, ce serait la grande chaîne du Caucase, l’Elbrous, le Kasbek. On n’en voit rien; des vapeurs et des nuages légers voilent le ciel.
Cette après-midi de Pâques, nous la passons ainsi à flâner dans des jardins.