Ce livre oriental ne nous renseigne pas sur les sentiments de la femme. Ce sont choses qui, aux yeux des Arabes, sont sans importance et dont un homme ne se préoccupe pas.


Les faiseurs de systèmes imaginent une humanité où l’homme ne sera plus jaloux, où il se défera de ce qu’ils appellent un legs de l’animalité, un reste du passé sauvage.

Le malheur est que la jalousie, bien loin de nous venir de notre origine animale, est un produit purement humain. Les animaux ne le connaissent pas (elle commence faiblement aux animaux domestiqués qui vivent dans la la compagnie de l’homme, les chiens). C’est nous qui l’avons créée, comme nous avons créé l’amour complet qui n’est plus un simple acte physique, mais où le sentiment et la sensibilité jouent un rôle égal. Ce n’est donc pas par la jalousie que nous nous rattachons à l’animalité. Elle existe à peine dans les races primitives ou sauvages. Nous l’avons développée et perfectionnée merveilleusement depuis l’époque — si elle a existé — où la promiscuité était de règle et la femme commune à tous. On a fait un pas en avant, on a enregistré un progrès réel dans l’histoire de l’humanité le jour où un homme a voulu une femme pour lui seul et a défendu qu’un autre homme s’en approchât. Ce jour-là, la naissance de la jalousie était rendue possible. Le progrès des mœurs l’appelait au monde. Elle y a connu une merveilleuse fortune et rien ne fait prévoir que son temps soit fini. Au contraire.


Pourquoi a-t-on fait d’Othello le type du jaloux ? Othello n’est pas un jaloux. Il est simple et crédule. De lui-même il n’aurait pas l’idée de soupçonner Desdemone. Othello est, au contraire, le type du confiant. Il a confiance, d’abord, en Desdemone, ensuite en Iago. Il ne suspecte rien. Il faut un affreux complot et la perfidie intelligente d’Iago pour abuser l’âme droite et pure du More. Iago fait naître en lui le soupçon. Il va jusqu’à lui donner des preuves matérielles de l’amour de Desdemone pour Cassio. Une fois averti, la brute est déchaînée ; Othello trompé et furieux tue la femme qu’il croit adultère.

Le jaloux procède autrement. Tout lui est un signe ; il interprète chaque chose suivant sa folie.

Dostoievski a, je crois, indiqué cela quelque part, brièvement.


Le véritable jaloux au théâtre, c’est Golaud, dans Pelléas et Mélisande.