En amour, chacun a son idée sur ce qui est permis et sur ce qui ne l’est pas. La plupart des hommes mariés ne connaissent leur femme qu’en chemise !
Il est des pays entiers, l’Amérique du Nord, l’Angleterre, où une femme honnête se croirait déshonorée si son mari lui demandait de traverser nue la chambre à coucher. Mais c’est une idée qui ne viendra jamais à un mari anglo-saxon.
Pour d’autres, il y a les choses naturelles et celles qui ne le sont pas, les premières étant permises, les secondes défendues. Ils trouvent licite telle posture parce que naturelle ; ils proscrivent celle-ci comme antinaturelle. Ces gens sont d’une grande ignorance. Ils se font de la nature une idée étriquée et fausse. S’ils ouvraient quelques livres d’histoire naturelle, ils seraient terrifiés à voir ce que la nature a inventé dans la physique de l’amour et de combien elle dépasse les imaginations les plus folles de ce pauvre animal raisonnable qu’est l’homme.
Ainsi à qui veut s’en tenir à la nature (et je ne vois pas à quoi d’autre nous pourrions nous raccrocher) tout est permis. Et chacun décidera librement selon ce qui lui plaît.
EN DEHORS DE LA NATURE
Rien n’est plus risible que la prétention que nous avons eue si longtemps (la plupart des hommes l’ont encore) d’être en dehors de la nature.
Nous imaginons que nos vertus sont d’origine extra-terrestre, qu’elles nous élèvent au-dessus de ce monde, qu’elles sont la marque de notre fabrication divine. « Dieu fit l’homme à son image. »
La pudeur, le dévouement, le courage, le sacrifice de soi, voilà, nous assure-t-on, les titres de gloire propres à l’homme. Ah ! que l’on a écrit de belles et éloquentes pages sur ce sujet ! Et l’on a créé les religions ! Et l’on a dit mille folies !…
Et pourtant si nous voulions regarder chez nos frères les animaux ! N’y trouverons-nous pas ces vertus exaltées encore ? Quelle pudeur humaine égale celle de l’aveugle taupe qui fuit éperdument le mâle ? Quelles sont les mères humaines qui donnent plus délibérément leur vie pour assurer celle de leurs enfants que les femelles de certaines espèces animales, que la louve, par exemple, lorsqu’elle s’efforce d’entraîner les chiens à sa suite pour sauver ses louveteaux ? Et, pour en arriver à l’amour, où sont les hommes prêts à affronter à coup sûr une mort horrible pour la possession d’une femme ? Où sont-ils ceux qui, comme le frelon, sont résolus à donner aussi leurs entrailles dans l’acte de l’amour ?
Y a-t-il une mesure plus grande de prévision, de calcul désintéressé, de dévouement, de courage, de sacrifice absolu de soi pour les siens chez les hommes que chez les animaux ?