Comme on voit, la nature a fait beaucoup pour nous.
Remercions-la encore de ce qu’elle nous ait laissé l’illusion tenace de notre liberté, grâce à quoi nous imaginons que nous avons voulu nos fautes, qu’elles nous appartiennent en propre, que nous aurions pu ne pas les commettre. Ainsi pouvons-nous caresser à loisir et chérir longuement les remords, les remords nécessaires, bienfaisants, purgatifs.
On ne dira jamais assez combien l’idée (fausse) que nous nous faisons de notre liberté apporte d’agrément dans le jeu des passions.
Et puisque nous en sommes aux actions de grâce, soyons reconnaissants à l’homme de ce qu’il a fait de l’amour. La nature nous l’a livré brut, acte physiologique et purement animal. Notre ancêtre pithécanthrope était d’une sensibilité médiocre, vite échauffée, tôt satisfaite. Comme nous l’avons cultivée, cette sensibilité grossière ! Comme nous l’avons nourrie et développée ! Nous l’avons amenée à une richesse, à une complexité si grande que finalement la civilisation, l’art, la pensée, tout est sorti de là et que les conquêtes les plus précieuses sont attachées à l’amour tel que l’homme sociable l’a créé.
Y a-t-il une liberté intellectuelle véritable là où il n’y a pas une liberté réelle de l’amour ?
Le puritanisme est la plus effroyable des prisons. On y devient, du reste, imbécile.