LA SOCIÉTÉ

Quels sont les rapports de la société, constituée comme elle l’est aujourd’hui, avec l’amour ?

C’est simple. Elle emploie, vis-à-vis de l’amour, ses gendarmes. Elle oublie ce qu’elle lui doit, et l’on voit la morale et la religion liguées contre cette chose simple, naturelle, excellente : le rapprochement normal de deux êtres de sexe différent.

On ne comprend pas que la société et les gendarmes interviennent pour empêcher un acte sans lequel il n’y aurait plus ni société, ni gendarmes.


Imagine-t-on ce que serait la société si l’amour en était banni, la sécheresse affreuse des cœurs, le triomphe d’une vaine idéologie, les calculs les plus bas affichés sans pudeur, la vanité régnant sans partage, l’intérêt maître du monde ?


Ce qui rattache, malgré tout, à l’humanité, tant d’êtres desséchés, c’est qu’ils ont été capables de suivre, ne fût-ce qu’un instant, un sentiment plutôt qu’un intérêt. Ils ont risqué quelque chose, ces êtres si prudents, ils ont eu un instant de courage, ces gens qui tremblent continuellement. Pendant une minute, ils ont été des hommes.


On peut concevoir une société où l’argent serait sans utilité. Le jour où l’amour cessera d’avoir une prise forte sur les hommes sera celui de la fin du monde.