Ainsi tout se passe-t-il suivant les convenances sociales et conformément aux lois de l’État.
Il en est aujourd’hui à sa sixième femme légitime. Mais, patience, il n’a que cinquante ans, il arrivera à la douzaine.
Si l’on cause d’amour dans le cercle, V… prend des airs mystérieux. Il a la bouche cousue ; il ne parlera pas, quoi que vous disiez. Il ne sait rien, il est discret comme une tombe.
Vous êtes depuis une minute seul avec lui que, déjà, il vous avoue qu’il est amoureux. Ne le poussez pas, car il ajouterait aussitôt, sur un ton de stricte confidence, qu’il aime une femme du monde et qu’elle le paie de retour. Il dira aussi, sans en être prié, qu’il n’en est pas à sa première aventure, que cela a été sa fortune de se promener depuis dix ans au milieu de fleurs délicates parmi lesquelles il n’a eu qu’à cueillir. N’ayez pas l’air de douter de ce qu’il vous raconte, car il est prêt à vous nommer les femmes qui lui ont appartenu et même sa maîtresse de l’heure présente.
V… est gros et court, chauve et barbu ; il a les genoux cagneux et les pieds plats ; il est sans nom et sans fortune. Les seules femmes dans l’intimité de qui il ait pénétré sont de pauvres filles qu’il ne connaît que par leur prénom. Elles lui coûtent un louis pour la nuit.
Est-il possible d’unir plus de finesse d’esprit à plus de maladresse dans les affaires d’amour que ne le fait S…?
Nul mieux que lui n’aiguise pour les femmes des compliments alambiqués, ne leur décoche des traits plus charmants. Il les traite comme des déesses qui n’auraient jamais quitté l’Olympe pour s’encanailler sur la terre.
Quel bizarre mélange de qualités et de défauts en ce garçon !