Il est à la fois vaniteux et timide, ostentatoire et gêné, et soudain il mêle étrangement au marivaudage la vulgarité.
Je l’ai vu faisant un jour une cour précieuse, mignarde, à une jeune femme qu’il n’abordait qu’après d’infinis détours. Ayant longtemps évoqué des images rares, il se tut.
La jeune femme, après un silence, lui dit :
— Vous rêvez à la lune, S…?
— A la vôtre, répondit-il, avec le plus fin, le plus délicat des sourires.
C… arrive au cercle à six heures. Il court à une table et commence une lettre. Tandis qu’il écrit, il pousse des soupirs d’aise ; il s’arrête, il regarde dans le vague, les yeux ravis. Bientôt il lui faut un confident ; il s’adresse à D… qui lit un journal près de lui.
— Je fais cette lettre, lui dit-il, pour une femme que j’adore. Je la quitte à l’instant. Nous avons passé une après-midi inoubliable. O volupté ! O caresses !… J’en suis encore frémissant et il faut que je lui écrive au sortir même de ses bras…
Les mots volent sous sa plume. Il a fini, il cachète l’enveloppe, il appelle le chasseur et à voix haute :
— Porte ceci au numéro 63 de la rue de Bassano, c’est un hôtel privé. Remets-le en mains propres. Va.