Cela fait, il s’asseoit près de son ami et lui explique longuement combien le secret ajoute de prix à l’amour.
F… va dans le monde. Il y a des amies. Il entre dans un salon et trouve dix femmes charmantes avec qui causer. Près de l’une d’elles, il s’installe dans un coin écarté. Il lui parle bas, mais avec animation ; il trouve des mots heureux, presque tendres ; un instant, il lui prend la main ; ses yeux brillent. Souriante, elle l’écoute avec complaisance.
De loin on les surveille sans méchanceté. On se dit : « Ils s’aiment ou ils vont s’aimer ; ils sont libres l’un et l’autre ; F… est un garçon discret, de commerce sûr ; elle est charmante, timide et fière, prête à se donner à un ami véritable. Cette soirée sera décisive pour eux. »
Cependant le temps passe. F… se lève ; il ne peut se décider à quitter sa compagne ! enfin il prend congé, il sort. Il attendra, sans doute, son amie à la porte et la reconduira chez elle. Ils connaîtront enfin un juste bonheur.
Mais non, à peine sur le trottoir, il hèle une voiture et donne au cocher l’adresse d’une maison où s’éteindra dans des bras serviles l’ardeur qu’il a gagnée auprès d’une autre.
IV
QUELQUES CONSEILS SUR LE CHOIX D’UNE MAÎTRESSE
On ne choisit pas sa maîtresse. Elle vous tombe dessus ; quelques-uns ajoutent : comme une tuile.
Pourtant il est des hommes à qui la multiplicité des bonnes fortunes permet le choix. Ils ont eu vingt ou trente maîtresses, j’entends de celles qui comptent. La femme qu’ils gardent est vraiment de leur choix. Elle leur donne, qu’ils en soient conscients ou non (ils ne s’en aperçoivent souvent que lorsqu’ils l’ont perdue) la qualité d’amour qu’ils préfèrent. Ils sont plus heureux que mon ami X… qui n’a eu qu’une femme dans sa vie, n’ayant su se détacher de la première qu’il a connue.