C’est pourquoi on peut se risquer à te donner, ô jeune homme que l’on voudrait être, quelques conseils sur le choix d’une maîtresse en s’excusant à l’avance du ton didactique qu’implique un conseil donné. Dis-toi, du reste, qu’il y a mille façons de réussir auprès des femmes. Celle que je te propose ne m’appartient pas. Je l’emprunte à ton intention à la sagesse des siècles dont d’autres tireront des enseignements opposés, et non moins efficaces.
Mais avant d’aller plus loin, il convient de dire le charme des moments passés à la recherche de celle qu’on aimera.
C’est une heure exquise, celle qui précède l’amour. On sent frémir en soi d’ardeur et d’impatience le jeune dieu enchaîné. L’attente est une fièvre délicieuse… L’univers est ouvert devant vous. Ses trésors sont là. L’amour d’une femme vous donnera l’empire du monde… Une inconnue passe… Est-ce elle, enfin ?… De quels yeux suprêmes vous la regardez ! Les mots qui vous montent aux lèvres viennent du profond de l’être. Une angoisse divine vous étreint !… Mais non, vous vous éloignez, vous voulez quelque chose d’intense qu’elle n’a pas. Vous voulez plus, et plus encore !… Une autre ! Une autre !… En chasse !
Et l’on vit des heures passionnées dans l’attente du bonheur.
Cependant tu méditeras ces quelques conseils préalables, petit bréviaire que je t’offre, sage jeune homme, à feuilleter dans les heures de solitude.
Ne crains pas de rester silencieux dans le monde si l’on y parle d’amour. Ceux qui se dépensent dans le cercle s’épuisent inutilement. Ce n’est pas en public que tu veux briller.
Ce que tu as à dire, garde-le pour le particulier. Lorsque tu seras assis à côté de la femme à qui tu veux plaire, sors de ta réserve. Étonnée de ce changement d’attitude, elle comprendra qu’elle en est la cause et t’en saura gré. Explique-lui que si l’on est plus de deux personnes, on parle pour la galerie et que cela est dénué d’intérêt ; il est des choses si belles qu’elles ne souffrent pas d’être exposées en public.