Si tu voulais te marier, je te dirais de chercher une femme dont les goûts se rapprochent des tiens. Mais pour une maîtresse, ne crains pas les contrastes éclatants.
Tu es athée. — Prends une maîtresse pieuse pour admirer ce qu’il y a d’affirmation spontanée de l’idéal, comme dit Renan, dans une femme qui croit en Dieu. Un monde inconnu et fervent te sera révélé. Tu en auras de grandes jouissances. Et il ne peut être indifférent à l’homme le plus affermi dans son incrédulité de penser qu’une femme, jeune, jolie et modeste, prie pour lui chaque jour dans le secret de son cœur.
Es-tu croyant ? — Choisis une fille libre et provocante qui d’un mot hardi ébranle l’édifice de l’Église. Une boutade qu’elle jette en défaisant son corset ruine le dogme de la Sainte Trinité et, du bout de son pied nu, elle éteint les braises vaines de l’enfer. Pourtant tu ne frissonnes pas. Dans un corps apaisé, il n’est pas de place pour une âme de doute, et, lorsqu’elle est partie, tu remercies Dieu qui a permis que, par la faute d’Adam, le péché vînt dans le monde.
Benjamin Franklin a écrit — qui l’eût cru de cet Américain et sage philanthrope ? — un petit traité sur le Choix d’une maîtresse.
Il y recommande de prendre une maîtresse d’âge mûr. Il raisonne ainsi : les plus hautes branches d’un arbre meurent les premières et la sève subsiste dans le tronc. De même la figure d’une femme est ce qui vieillit le plus vite en elle. Sous le visage fatigué d’une femme de quarante-huit ans, vous voyez des épaules admirables qui n’en ont que trente-cinq. Descendez plus bas — oh ! Benjamin ! — vous trouverez plus de jeunesse encore… Passons sous silence l’avantage évident, pour se pousser dans le monde, d’avoir comme maîtresse une femme d’expérience et de relations.
D’aucuns pensent que les années les plus propres à l’amour sont celles de vingt-cinq à quarante ans. Au dessous de vingt-cinq et au dessus de quarante, les amants sont attirés par les complémentaires qui les feront rentrer dans la moyenne indiquée. Une jeune femme de vingt ans sera séduite plus sûrement par la force avertie d’un homme ayant dépassé la quarantaine ; une femme experte et mûre choisira de préférence un jeune garçon. Et les vieillards qui, jusqu’aux portes de la correctionnelle, aiguisent ce qui leur reste de dents sur des fruits trop verts, aident de leur mieux à fortifier la démonstration tentée ci-dessus.