Dans la petite bourgeoisie, quand une femme prend un amant, elle tient la chose secrète, car l’opinion publique n’est pas tolérante.
Dans le monde, malgré la liberté dont on y jouit, les mœurs sont très opposées à la publicité en ces matières. La femme est toujours dans l’obligation de ne pas se compromettre ; on témoigne peu d’estime à l’homme indiscret.
Il est donc rare que ce soit pour se vanter que l’on choisisse une maîtresse et l’amour reste le sentiment où la vanité joue le moindre rôle. Qu’y viendrait-elle faire ? Quelles satisfactions en tirerait-elle ? Il lui faut un public et l’amour dans le monde est tenu au secret !
Si tu m’en crois, rien n’est plus absurde que de mettre de la vanité dans le choix de ta maîtresse.
Si tu achètes une propriété, si tu changes d’appartement, tu es obligé de tenir compte de l’opinion d’autrui. Ton appartement a de beaux salons, mais tu couches dans une chambre sur cour. Pour paraître, tu fais des sacrifices.
Si tu te maries, tu épouses une femme pour le monde et pour tes amis aussi bien que pour toi. Il faut qu’elle s’occupe de ta maison, qu’elle reçoive, qu’elle t’apporte crédit et considération, qu’elle flatte ta vanité de propriétaire-mari.
Mais lorsque tu choisis une maîtresse, songe que tu la prends, non pour tes amis, mais pour toi. Une fois que tu la tiendras nue dans tes bras, il importe qu’elle soit jeune, belle, plaisante, et non pas qu’elle ait le droit de mépriser les X… parce que leur famille n’a pas fourni de favorite au roi voici deux siècles. La sagesse antique distinguait dans l’homme ce qu’il est de ce qu’il a. Prends ta maîtresse pour ce qu’elle est.
Méfie-toi des intellectuelles. Elles ne sont tolérables qu’en société. Souviens-toi que tu cherches une compagne de lit et qu’un beau corps est, entre les draps, plus précieux qu’un trait d’esprit.
La sensibilité de la femme nous intéresse plus que son intelligence si à fleur de cerveau. L’intelligence n’est, du reste, que la région superficielle de l’esprit. Au-dessous d’elle, il y a le monde énorme, obscur, de l’inconscient, souvent plus riche chez la femme que chez nous.