Fuis les femmes qui prétendent diriger leur vie par l’intelligence et la raison. Cette prétention prouve une extrême pauvreté de tempérament.
Ce sont les marches magnifiques de l’instinct qui l’attirent.
Évite aussi les femmes extasiées dont le cœur déverse, à robinet ouvert, un flot continu de tendresse sur l’univers entier. Une étoile ou une feuille de salade, un mendiant pouilleux, le plus pitoyable des couchers de soleil, excitent leur lyrisme éperdu. A les en croire, l’univers n’est pas assez vaste pour l’immensité de leur amour… Et comme elles parlent ! comme elles savent des choses ! comme elles tutoient la nature !… Avec quels yeux demi-clos évoquent-elles l’accouplement léger des éphémères ou l’hermaphrodite union des escargots !… Il leur faut un public. Elles ont un tel besoin de se raconter qu’elles arrêtent le premier venu ; elles ne gardent rien de secret pour lui ; elles se montrent nues ; elles exécutent devant lui les danses sacrées. Elles ne le connaissaient pas il y a une heure et déjà elles l’associent à leurs jeux prodigieux : déjà il se croit le compagnon fêté de leur vie… Mais dans soixante minutes, elles l’auront oublié et danseront avec la même fougue haletante devant un autre. Si elles ne trouvent personne, elles font monter le concierge… Lorsque tu es auprès d’elles, tu es ébloui, et, au même temps, tu as honte de ta sécheresse, tu te reproches ta froideur, tu te pinces pour t’échauffer, tu étends les bras pour étreindre l’univers.
Mais ne demande à ces femmes que ce qu’elles peuvent te donner : une représentation magnifique, sous les feux de la rampe, devant mille spectateurs. C’est là qu’elles se dépensent et se livrent. Une fois le rideau baissé, si tu passes dans la coulisse, tu y trouves, parmi les portants sales et les toiles nues, une femme écroulée, morte de fatigue, incapable d’aimer.
Mais les mystiques sont de ferventes amoureuses. Il y a en elles un trésor d’inépuisable passion. Elles aiment le Christ comme un amant et leur amant comme un Dieu. Ces femmes qui veulent l’union ineffable des âmes savent offrir magnifiquement leur corps à l’amour. Elles l’abandonnent sans réserve, sans marchandage, comme si elles en ignoraient la valeur. Mais cela n’est que raffinement suprême, comme le montre le mot de l’une d’elles, la baronne de Krüdner qui, dans les bras de son amant, au moment qu’il lui faisait sentir l’aigu des plaisirs de la chair, s’écriait : « Ah ! Dieu, je te demande pardon de l’excès de mon bonheur ! » donnant par ce cri que peut seule se permettre une mystique, un prix presque divin à une joie terrestre.
Le monde est aujourd’hui cosmopolite. Règle générale (il est d’aimables exceptions), évite les étrangères. Ce sont des femmes dangereuses, excessives, et qui ignorent les bonnes manières (je ne parle pas de la façon de manger).
Les Américaines dont nous sommes envahis promettent beaucoup et ne tiennent pas. On en voit de belles ; elles sont glacées. A quoi bon te dépenser pour échauffer un bloc de glace qui te gèlera les mains ?