Peut-être te plaindras-tu de cela même ? Tu la voudrais chaque jour et peut-être à chaque heure ! Imprudent ! vois ce que tu as et ce que tu veux perdre.

Lorsque ton amie sonne à ta porte et que, le cœur battant, elle s’appuie sur toi, songe qu’elle s’est lavée, parfumée, qu’elle a couvert son corps frais de batistes légères, et que maintenant elle va se déshabiller pour te plaire. Elle a pris aussi pour toi une âme de fête. Elle a laissé au logis les soucis, les mille petits ennuis qui assombrissent les meilleurs ménages ; elle a dû gronder les enfants tapageurs, la couturière était en retard pour une robe, son mari avait de l’humeur à cause d’affaires difficiles ; ils ont échangé quelques mots aigres. Tout cela est oublié lorsqu’elle entre chez toi. Elle ne pense qu’à t’aimer. Elle dépose les soucis avec sa robe et son linge fin. Ce sera assez de les reprendre dans deux heures quand elle rentrera au logis.

O jeune homme privilégié, tu représentes l’amour pour elle, et tu aspirerais à devenir ce je ne sais quoi, ce souffre-douleurs, ce maître-Jacques conjugal qu’on appelle un mari !

Elle t’offre ce qu’il y a de meilleur et de plus rare au monde. Sache jouir des heures précaires et passionnées qu’elle te donne. L’amour n’a rien à gagner à se mettre en ménage. Qu’il vive ses minutes éclatantes, qu’il les arrache à la monotonie, à l’ennui de l’existence quotidienne ! Voilà sa victoire !

C’est donc parmi les femmes mariées que tu chercheras une maîtresse.

Une maîtresse stérile a bien de l’agrément, car le chapitre des précautions est fort ennuyeux. Pourtant il faut se souvenir du mot profond qui m’a été dit par une femme : « La cause de l’adultère, c’est l’enfant », signifiant par là qu’une femme sans enfant, si elle aime, n’a aucune raison grave de ne pas quitter son mari pour son amant. Ayant médité ce mot, on conclura qu’il est préférable de choisir une maîtresse ayant des enfants.

Si tu es un homme de précaution, tu t’informeras aussi du mari, de sa santé, de son caractère, de ses occupations… Il y a deux écueils à éviter.

D’abord les drames. Ils sont à notre époque anachroniques. Les temps sont à l’indulgence. On ne voit plus un mari, sauf américain, tirer sur l’amant de sa femme. Il n’est plus bien porté, même dans la bourgeoisie, de déplacer le commissaire de police pour le vain plaisir de surprendre sa femme nue dans les bras d’un tiers. Il faut donc veiller à ne pas tomber sur un mari à caractère emporté.

Mais, et c’est le second écueil, le mari qui adore l’amant de sa femme est insupportable aussi.

Évite l’un et l’autre de ces maris.