Si cela t’est possible, cherche de préférence dans le meilleur monde. Tu y trouveras des femmes d’esprit vraiment libre et qui savent vivre.
Ne crois pas que toutes les femmes soient égales. L’égalité n’existe que comme mot peint en noir et blanc sur les monuments publics. Il y a encore, il y aura toujours des classes privilégiées. Quelle que soit ton opinion sur la société et quand même par ailleurs tu travaillerais à la détruire, ne manque pas de prendre avantage, si tu le peux, de ce qu’elle a de plus raffiné et de plus exquis : la femme. La femme, depuis sa naissance, n’y a été élevée que pour plaire et pour séduire, pour vivre les minutes de luxe les plus rares. Regarde-la entrer dans un salon, vois sa grâce, son aisance, la façon dont elle marche, dont elle s’assied, l’art parfait avec lequel elle est habillée.
Il a fallu des siècles de culture pour produire une fleur aussi belle.
Pas un instant de la vie de cette femme n’est pris par ces occupations harassantes de boucler un budget trop serré, de faire rendre à un louis d’or plus qu’il ne peut donner de menue monnaie, de s’inquiéter du prix des légumes et de moucher ses enfants.
Elle ne pense qu’à l’amour. Elle sait que l’amour seul peut l’arracher à l’ennui luxueux que la richesse lui crée.
Tu seras surpris de la véritable liberté d’esprit que les femmes du monde conservent sous les dehors traditionnels d’une politesse raffinée et d’une parfaite éducation. Elles ont compris depuis longtemps qu’elles n’ont à donner au monde que leur vie extérieure, qu’elles lui échappent pour ce qui appartient à elles seules, leur intimité, leur cœur, la conduite secrète de leurs affaires personnelles. On ne leur demande que d’observer les règles du jeu mondain, de se signer en entrant à l’église et de s’agenouiller à l’élévation. Cela fait, elles se considèrent justement comme libres et jugent à bon droit que, comme dit Jules Laforgue :
Tout, et pas plus,
Tout est permis.