Nulle part on ne voit mieux le travail de la ruse féminine que dans l’interprétation traditionnelle de l’histoire de Joseph et de l’épouse de Putiphar, car ce sont les femmes éternellement occupées à défendre leurs positions et à les fortifier qui, en amour, créent l’opinion.
Cette histoire pouvait leur être fatale ; elles y faisaient piètre figure, s’y montraient sous un jour vraiment fâcheux. Une femme, laissant tomber le masque, perdant toute pudeur, s’offrant à un jeune homme et refusée par lui !… Comment se tirer de là ?
Elles y sont arrivées, n’en doutez pas. Elles ont jeté toute la lumière sur Joseph. La femme reste dans l’ombre ; on ne l’aperçoit pas ; on ne sait même comment elle s’appelle, on ne voit que l’homme. Et cet homme — c’est ici que la grandeur du génie féminin apparaît — est irrémédiablement ridicule ; il se montre dans une posture absurde ; on ne le cite que pour s’en moquer. Elles ont accablé ce pauvre Joseph de leurs sarcasmes. Il est indéfendable. Du même coup elles ont créé l’opinion, si avantageuse pour elles, que, sous peine d’être déshonoré, un homme, non seulement ne peut pas résister à la femme, mais encore doit l’attaquer. C’est devenu un devoir pour l’homme bien élevé, le premier devoir de la politesse masculine.
Ainsi ont-elles travaillé merveilleusement pour leur sexe et réussi, dans des conditions défavorables, un admirable coup de partie.
POUR UNE FEMME SENTIMENTALE, DÉLICATE ET A SCRUPULES
Il y a une belle partie à gagner, et digne de don Juan, auprès d’une femme sentimentale, délicate et à scrupules, en lui tenant le discours suivant dont nous ne donnons que les grandes lignes :
— « Madame, un souci de loyauté envers moi-même et envers vous m’empêche de vous dire que je vous aime. L’amour, le grand amour dont les personnages de théâtre ont plein la bouche, c’est toute une histoire, et pas très claire. Je pourrais, comme un autre, vous adresser d’émouvantes phrases de lyrisme et de fausseté… Je ne le ferai pas. Je vous dirai avec simplicité que vous me plaisez infiniment et que je ne pense pas sans frémir au bonheur de vous serrer dans mes bras.
« Nous avons, Madame, horriblement compliqué la vie et l’amour. La plupart des hommes sont des malades. Il faut les fuir. Ils ont inventé, dans leurs humeurs noires, les scrupules dont nous mourrons, les remords qui nous empoisonnent, la peur qui sévit à l’état chronique. Quel mal ils ont fait à l’humanité !… Soyez sûre qu’il y a plus de douleur dans le monde par excès de scrupule que par trop de facilité. Regardez en vous-même ; voyez vos hésitations, vos terreurs. Vous ne savez plus être heureuse simplement, sainement. Vous ne vous êtes pas donnée, parce que vous cherchiez un impossible amour et comme, à chaque fois, vous n’étiez pas assurée de l’avoir trouvé, vous êtes restée sur la rive sans vous embarquer jamais.
« Je ne vous propose, moi, que le plaisir… oui, le plaisir dont on a trop médit, qu’on affecte de mépriser, sans doute parce qu’on est inhabile à le cueillir, le plaisir qui est la joie riante de la vie…
« Il faut, il est vrai, qu’il ne vous coûte pas trop cher. Il ne faut pas lui sacrifier une réputation d’honnête femme que l’on garde si facilement en observant quelques élémentaires précautions. Il faut enfin être assurée que je saurai vous faire goûter la volupté sans risquer les suites que la nature y a voulues. Venez chez moi sans craindre ceci et cela.