« Venez chez moi. Vous êtes belle et fraîche comme le printemps… Vous résignerez-vous à vivre dans une triste solitude, loin du plaisir ? Laissez-moi vous apprendre la volupté des caresses permises (elles le sont toutes)… Nous voyez-vous couchés l’un à côté de l’autre, nus, sur un lit, dans une pièce chaude et parfumée. Votre bouche cherche la mienne… etc., etc. »

L’essentiel dans cette déclaration est d’éveiller des images sensuelles précises dans le cerveau de la femme, de les lui suggérer violemment, de façon à ce qu’elles s’imposent à elle, et réapparaissent nettes et émouvantes lorsque vous serez parti… Vous livrez ainsi un assaut vif, mais sans tenter aucun geste, et laissez la femme rêver à ce que vous lui avez dit… Attendez un peu. Si vous la rencontrez dans le monde, continuez à parler dans le même sens. Il vaut mieux retourner chez elle un peu tard que trop tôt. Car une occasion perdue se retrouve toujours, tandis qu’une attaque prématurée et repoussée met la femme en défiance et ruine vos chances de succès. Il faut, lorsqu’on livre l’assaut, être sûr de vaincre… Si c’est chez elle qu’elle vous reçoit, n’allez pas plus loin que le baiser sur la bouche. Il y a, à une victoire complète, mille impossibilités, les domestiques qui peuvent entrer, une visite qui survient ; puis, même si vous l’obteniez, vous ne lui donneriez dans l’inconfort de son boudoir, tout habillés que vous êtes, qu’une insuffisante satisfaction, et souvenez-vous que, si vous ne lui avez promis que le plaisir, vous le lui devez au moins tout entier. Elle viendra donc chez vous le lendemain même du jour où vous aurez baisé ses lèvres.

Il est évident qu’il faut, pour réussir, que vous plaisiez physiquement à cette femme et qu’elle ait des sens. Mais cela se devine tout de suite…

LE SEXE INDISCRET

Le sexe indiscret, c’est le sexe féminin. Étrange contradiction : les femmes ont mille fois plus besoin du secret que nous ; l’honneur public d’une femme est dans la chasteté qui, pour les hommes, n’est qu’une vertu ridicule ; une femme a beaucoup à perdre à laisser voir dans sa vie, tandis que le plus souvent une bonne fortune connue sert un homme et le pousse dans le monde.

Pourtant on trouve plus de discrétion chez les hommes que chez les femmes. Ils ont un plus grand soin de l’honneur qui leur est confié. Ils ont l’habitude, par la vie qu’ils mènent, et souvent par obligation professionnelle, de garder des secrets !

Combien est-il difficile à une femme qui aime de cacher son bonheur ! Sans aller jusqu’à une inutile et dangereuse confession, elle a mille manières de faire savoir au monde quel homme elle préfère. La façon dont elle le reçoit, dont elle lui parle ou ne lui parle pas, la manière qu’elle a de chercher ou d’éviter ses regards, tout est un aveu.

Pour combien de femmes une liaison va-t-elle sans confidente, moins par l’obligation où elles pourraient être d’avoir la complicité d’une amie pour assurer mieux leurs sorties que par la nécessité impérieuse de parler de leur fièvre ?

On en trouve qui ont la force d’âme de cacher leur bonheur. Mais, lorsque leur bonheur se change, comme il peut arriver, en un désespoir affreux, où sont-elles celles qui ont l’héroïsme de souffrir sans se plaindre ?

On en a vu pourtant rester silencieuses, impassibles dans le malheur le plus grand, et supporter des tortures effroyables sans mot dire. Personne n’a pu deviner la cause de leur mal. Elles ont traversé l’enfer sans compagnon.