LE SECRET
Il est plus facile de tromper les gens qui sont près de nous que ceux qui ne sont pas mêlés au train quotidien de notre vie. Avec quelque habileté, on peut créer chez ceux qui nous tiennent de près un état d’esprit tel qu’ils interpréteront d’eux-mêmes dans le sens innocent que nous leur suggérons, les démarches, faits, gestes et paroles, les plus dangereux. Mais les autres voient de loin, en gros, — et juste.
LES ÉTERNELLES COURTIÈRES DE L’AMOUR
Lorsque les femmes ne font pas l’amour elles-mêmes, il faut qu’elles s’occupent de l’amour d’autrui. Elles servent d’intermédiaires, reçoivent et portent les lettres, inventent des prétextes, facilitent les sorties, créent des alibis. On en voit qui sont les éternelles courtières de l’amour sans se décider jamais à prendre une affaire à leur compte. Il leur suffit de vivre dans l’atmosphère trouble et chaude de l’adultère des autres. On les trouve prêtes, au jour voulu. Elles ne marchandent pas leur peine. Et, chose merveilleuse, elles sont plus capables de garder le secret d’autrui que le leur propre.
L’INCONSTANTE
« Souvent femme varie », « Frailty, thy name is woman ». Ce sont des mots de poète.
En réalité le sexe inconstant est le sexe masculin. Plus que l’homme, la femme s’attache par la possession. Entre deux êtres qui s’aiment également, l’homme, le plus souvent, se lasse le premier et s’en va. Il laisse derrière lui une femme affolée et prête à tout. Dès lors, il n’est pas étonnant qu’elle mène une vie désaxée. Mais la cause en est dans l’abandon où la laisse l’homme, non dans la nature de la femme. Les sexes ne sont pas égaux. L’homme est fait pour conquérir, posséder et courir à d’autres. La femme, une fois possédée, en a pour un an ou deux à se remettre en état de procréer. Quand même nous trichons avec la nature, les lois naturelles restent écrites au tréfonds de notre être. C’est là seulement que nous trouvons une base solide pour l’analyse. On ne peut établir un raisonnement sérieux sur des exceptions, sur des nymphomanes, ou sur quelques frigides benêts qui, où qu’on les pose, s’enracinent.
L’HABILETÉ SUPRÊME DE LA FEMME
L’habileté suprême de la femme est dans l’art de déplacer la question. Là, notre sœur plus faible l’emporte incomparablement sur nous ; les femmes les plus droites, les plus franches, celles qui sont incapables d’une ruse où d’une dissimulation voulues, s’entendent merveilleusement à déplacer la question, à esquiver les responsabilités, non qu’elles agissent ainsi délibérément, qu’il y ait chez elles un calcul réfléchi, mais par le jeu inconscient de l’instinct qui triomphe dans la lutte avec le mâle.
Le façon dont elles savent alors brouiller les choses tient de la magie. On n’y voit plus clair ; le blanc est devenu noir ; l’objet précis du litige a soudain été escamoté. Elles s’arrangent pour mettre l’homme dans l’impossibilité de leur adresser la moindre plainte, le plus petit reproche, de faire la plus lointaine allusion à ce qui les gêne, sous peine de passer pour un être sans cœur, sans délicatesse, positivement grossier.