C’est une curieuse déviation de l’instinct qui fait rechercher à certains hommes une beauté garçonnière chez les filles.


Il est un moment dans sa vie où une fille laide devient presque charmante. Elle a pour quelques heures un parfum léger qui attire. A cet instant, elle plaît, elle peut séduire. Qu’elle se hâte de mettre à profit la générosité de la nature, car, une fois le moment passé, elle revient à sa laideur première et définitive.


Il est une beauté des traits ; il en est une de l’expression ; il en est une enfin des gestes et des attitudes, c’est la grâce.

Laquelle de ces beautés nous touche le plus fortement ? S’il fallait choisir, je dirais la grâce d’abord. La beauté des traits ne révèle rien de l’âme. Elle peut s’allier à la vulgarité la plus basse. La grâce, au contraire, est comme la fleur même de la vie, et, au fond de nous, l’instinct nous souffle que c’est une œuvre de vie dont il s’agit.


Peut-être n’est-il de qualités que physiques ? Les yeux, par lesquels on croit lire jusqu’au fond de l’être, les yeux qui semblent enfermer les trésors du sentiment, dont le langage parle de l’âme à l’âme, les yeux, c’est du brun, du bleu, du noir, du vert et du blanc, cela et rien de plus. « Elle a des yeux admirables », ne veut rien dire, sinon : « Il y a du bleu, du blanc, et des points jaunes et bruns, mêlés de telle et telle manière. »


Lorsque nous examinons une femme et que nous nous bornons à constater ses beautés et ses défauts physiques, nous sommes sur un terrain où il n’y a place pour aucune duperie. La grandeur, la taille, la sveltesse, le grain de la peau, l’éclat du regard, le dessin de la bouche, voilà des choses susceptibles d’être exactement jugées. Ici on ne peut nous passer de faux jetons. Nous ne courrons pas les risques terribles que présente la bourse des valeurs sentimentales où nous croyons acheter, par exemple, une tendresse infinie (et payons en conséquence) pour nous apercevoir à livraison qu’on nous a vendu un petit sentiment médiocre et sans durée.