Henri, dans un salon, regarde une femme, avec plus de soin qu’un médecin n’examine un client, avec plus de sérieux qu’un avare ne compte son argent. — « Elle est grande, se dit-il, elle a la taille ronde et flexible, les épaules larges ; le dos plat, les jambes longues. » Il la regarde encore. N’essayez pas de lui parler : il n’entend plus. « Le cou, continue-t-il, est élevé, les yeux grands, le visage délicat et plein à la fois, le menton bien dessiné — comment aimer une femme au menton fuyant — Les lèvres sont fermes, les dents nettes et régulières. Il y a dans son regard quelque chose de grave, une spiritualité qui m’est chère. Ce n’est pas un animal que je veux aimer, mais un être tendre et passionné qui saura pleurer dans mes bras. »
Il s’approche ; il va lui parler, il tremble presque… Soudain il s’arrête. Qu’a-t-il vu ? — Hélas ! les ailes des narines sont un peu trop remontées !… Il recule, il n’aimera pas.
Qui expliquera jamais que nous fassions dépendre notre bonheur, et, parfois notre vie, de l’ovale plus ou moins parfait d’un visage, du grain de la peau, de l’éclat d’un regard ?
Un sourire, un regard, une inflexion de voix qui nous émeut, suffisent parfois à nous fixer.
Ailleurs les traits les plus réguliers, les plus beaux, nous laissent indifférents.
Il est dans la jeunesse un tel éclat de vie et de beauté qu’on peut à peine en supporter la vue.