Utile précepte à méditer : Il ne faut battre qu’en particulier.

Rien de plus pénible pour les délicats qu’une rixe publique entre homme et femme ; les vieux et stupides instincts de chevalerie (époque où la femme fut changée en la dame, hélas !) nous obligent, à cause des spectateurs, à intervenir en faveur de la femme, quand même chacun de nous, séparément, est convaincu qu’il s’agit d’une correction philanthropique, amicale et méritée. Aussi ne battez que dans le privé. Cela est surtout recommandé aux maris contre qui pourraient être invoqués dans un moment de folie les sévices et injures graves. Donc pas de témoins importuns : la solitude d’un cabinet de toilette, ou mieux, de la chambre à coucher (il est inutile de casser une coûteuse garniture de toilette). Les caresses et les coups — ce sont les deux expressions d’un même sentiment — demandent le secret des portes closes.

Si vous n’habitez pas un hôtel privé mais un appartement, ne vous inquiétez pas des bruits qui pourraient filtrer à travers parquets et plafonds jusqu’aux voisins attentifs. Les gémissements, pamoisons, interjections, soupirs, appels aux dieux ou à madame sa mère, d’une femme battue ressemblent d’une façon surprenante, pour l’écouteur distant, à ceux d’une femme heureuse. Chose singulière et digne de remarque : ils produisent une identique harmonie… Ne craignez pas les insultes qui pourraient éclairer la religion du voisin ; une femme battue n’insulte pas ; elle ne prodigue les injures que pour avoir des coups. Si vous les lui donnez sans tarder, elle ne songera plus à proférer d’inutiles paroles, elle sera toute au bonheur de pleurer.

Évitez vous-même les apostrophes vaines. Que vaut le mot le plus énergique auprès d’un coup de poing bien asséné ?


Il faut battre les femmes maigres avec un bâton.

Pour les fausses maigres, le poing est recommandé.

Pour les grasses, le plat de la main suffit.

En somme, il s’agit de ne pas se faire mal à soi-même.

VI
DE LA BEAUTÉ