La langue même prête à la confusion. On dit (quand on peut) : « donner des preuves répétées de son amour. » A prendre cette expression à la lettre, quelle dépense diurne et nocturne de sentiment en ce pays !
L’AMOUR PHYSIQUE
Stendhal le définit brièvement : « A la chasse, une belle paysanne. » Et cette définition est probablement une des plus fausses qu’on doive à cet auteur exquis.
Je ne pense pas qu’au temps de Stendhal on rencontrât plus qu’aujourd’hui de belles et faciles paysannes à la chasse. De nos jours ce gibier est devenu rare. La faute en est sans doute aux braconniers.
Mais, pas plus au temps de Stendhal qu’au nôtre, on n’a goûté, en courant un lièvre, l’amour-physique dans sa beauté. Si, par hasard, on rencontre une jeune et jolie paysanne, on y trouvera peu de propreté, de l’odeur, la maladresse la plus gauche. Vous ne la déshabillerez pas en pleins champs, et il faut être affamé pour prendre un véritable plaisir à cet insuffisant contact.
L’amour physique, les professionnelles nous le donnent avec le raffinement et l’art nécessaires, dans le décor le plus propre à l’amour, qui est, non derrière une haie, parmi les vers et les limaces, avec la peur du garde champêtre, mais, toutes portes closes, en chambre chaude, entre draps fins.
Un grand nombre d’hommes ne connaissent que l’amour physique et s’en satisfont.
LE DON JUANISME
A côté de l’amour physique et de l’amour passion (faut-il dire que ces divisions tranchées ne sont que pour la commodité du discours et que, dans la réalité, on passe par mille ponts de l’un à l’autre ?) faisons une place à un sentiment spécial qu’on appelle le don juanisme.
Il y a deux positions fort différentes du don juanisme. Elles ont été souvent confondues.