I
DE L’AMOUR
LA PEUR DE L’AMOUR
La peur de l’amour est un signe de vitalité moindre.
Les faibles s’épouvantent : « L’amour est une affreuse maladie. Fasse le ciel que je n’en sois jamais atteint. Songez-y ! détruire un repos péniblement gagné ! bouleverser les aises qui me sont chères, la régularité méthodique de ma vie, mes arrangements minutieux, mes calmes digestions !… Une aventure ! Saurais-je y vivre ? Comment en sortirais-je ? » Et ils s’enfoncent dans leur médiocre quiétude. La seule image de l’amour les fait trembler.
Mais les forts l’appellent d’une voix haute. Cette crise terrible, nécessaire, magnifique, ils ne la redoutent pas. Ils savent que les âmes s’y trempent et qu’elles en sortent d’un meilleur métal. Vaut-il la peine de vivre si l’on ne connaît pas les joies et les douleurs extrêmes de l’amour ? Ils aiment mieux en courir les risques graves que de végéter dans un égoïsme tranquille. Comme René, ils s’écrient passionnément devant la monotonie quotidienne de la vie : « Levez-vous vite, orages désirés ! »
L’amour-passion est infiniment rare. Il faut, pour y atteindre, une certaine qualité d’âme. Il ne peut se développer en des êtres pleins d’eux-mêmes et de vanité.
Mais il n’est personne qui ne se flatte de pouvoir l’éprouver. Un étalon, s’il parlait, dirait à la jument qu’il saillit : « Je vous aime à la folie. »