On y trouvera peu de sentimentalité.
Pourtant, je ne pense pas que l’on s’y trompe et qu’on en juge le sentiment absent.
Mais la sentimentalité fade, poisseuse, universelle, non, je n’en veux pas.
C’est, en amour, quelque chose comme le joli en art. Et, par haine du joli, de ce qui est facile, qui plaît à tous, les artistes vont parfois jusqu’à la laideur qui, à force de caractère, a sa beauté.
L’abus affreux qu’on a fait, qu’on fait chaque jour, de la sentimentalité, cet apitoiement sans mesure, hors de propos, cette effusion radoteuse, ce balbutiement imbécile, le langage des fleurs et l’ânonnement des âmes, sont propres à donner le dégoût de l’amour à tout être un peu fier.
Comme je m’occupais à mettre ces notes en ordre, je reçus la visite d’un ami qui me demanda à quoi je travaillais. Et je le lui dis :
— Comment, s’écria-t-il, vous voulez parler de l’amour. Mais l’amour, c’est l’abjection, la crise de folie, la pourriture, la fin de tout !… Quel fléau, quelle peste, quel tremblement de terre, quel conquérant, a laissé dans le monde les ruines que l’amour y a amassées ?… Auprès de lui, l’argent est innocent et sans tache. L’amour dégrade ; il souffle le vol et la corruption ; il ronge les moelles, rend le héros lâche et l’homme pareil à la bête ; il…
— Arrêtez-vous, interrompis-je. Cela ne suffit-il pas pour montrer qu’il n’est rien au-dessus de l’amour, puisqu’il est, en effet, tout ce que vous dites… et tant d’autres choses encore.
NOTES SUR L’AMOUR