Nulle part l’instinct de propriété n’est plus justifié. Un tableau a été vu par cent mille personnes sans que sa valeur en soit diminuée.

Mais, pour un véritable amant, la femme qu’il aime doit être pareille à la grande Isis à qui nul n’a soulevé son voile.


Tout amant doit pardonner à une femme au moins un homme. C’est le mari qu’on pardonne le mieux. Il l’a eue avant vous, c’est vrai, mais en vertu d’arrangements si spéciaux que la personnalité de la femme reste presque intacte. On peut imaginer qu’elle a pris son mari pour mille raisons qui n’ont rien à faire avec l’amour, à cause de sa famille, de sa situation, de la nécessité de se marier. Et vous pensez complaisamment qu’elle l’a subi, qu’elle n’a rien donné d’elle. Vous ne lui reprochez pas son mari.

Imaginez, au contraire, que la femme au lieu de s’être donnée à un mari, se soit livrée vierge à un amant. Toutes les valeurs sont changées. Pourrez-vous supporter cette idée ?

Cela ne suffit-il pas pour repousser la thèse de M. Léon Blum dans son livre Du mariage qui, pour rendre les ménages plus heureux et les maris moins jaloux, veut que les jeunes filles aient des amants, ou un amant, avant de se marier.


Un homme supporte mal l’idée que la femme qu’il aime a été à un autre.

Il voudrait l’avoir eue vierge.

Si, plus tard, il se détache d’elle, peu lui importe alors qu’elle aime ailleurs.