Mais vouloir lui infliger à coup sûr la torture d’une jalousie rétrospective, la certitude qu’elle a appartenu à un autre homme, non par convention sociale et arrangement de famille, mais par choix… quelle folie !
C’est pourtant à cela que conduit la réforme proposée par M. Léon Blum. A l’état de choses actuel qui comporte un minimum de chances de malheur, il propose de substituer un régime dans lequel il sera impossible à un mari amoureux de sa femme de ne pas souffrir du passé.
Mais dans le mariage tel que le décrit M. Léon Blum, il n’y a pas de place pour l’amour.
L’homme ressent plus vivement que la femme la jalousie du passé. Et cela pour la simple raison que l’acte de l’amour n’a pas la même importance pour les deux sexes. Une femme est rarement jalouse du passé de son amant ; elle se tourmente dans le présent et en songeant à l’avenir. « M’aime-t-il ? Saurai-je le garder ? » Voilà ses préoccupations. Mais elle est fière de retenir un homme qui a eu beaucoup de succès. Loin de lui reprocher son passé, elle en est flattée. L’homme a plus de valeur à ses yeux.
Pourquoi ? Parce qu’il a su exercer le métier d’homme qui est de conquérir et de dominer. Comment expliquer sans cela l’attrait certain de don Juan ? Il est né pour être le dieu de beaucoup de femmes. Chacune pense qu’il lui est réservé de le fixer enfin, qu’il lui apprendra le dernier mot qu’elle ignore de l’amour.
Mais une femme trop facile et qui a eu cinquante amants, par quels hommes sera-t-elle aimée ?
Un homme est très fort contre la jalousie qui sait que, fût-il trompé, il trouverait auprès de lui, tout de suite, deux ou trois femmes, prêtes à l’aimer et qu’il aimerait peut-être.