On ne voit pas don Juan jaloux.


Arriverons-nous au bienheureux état d’esprit du souteneur qui sait que sa maîtresse ne donne rien d’elle-même aux passants et qu’elle l’aime seul ? Et si nous sommes aimé d’une femme mariée, supporterons-nous sans faiblir l’idée qu’elle est dans les bras de son mari, même inerte ?


Pour le jaloux, tout est prétexte à jalousie. Elle sort de bonne heure ? — C’est pour aller chez lui. — Elle sort tard ? — Elle n’a pas le temps de faire des courses, par conséquent elle a un rendez-vous. — Elle dit où elle va ? — C’est pour détourner les soupçons. — Elle ne dit rien ? — Parce qu’elle fait une chose secrète et défendue. — Elle est aimable à la maison ? — Elle a quelque chose à se faire pardonner. — Elle est désagréable ? — Elle ne m’aime plus.

Ainsi la jalousie, comme l’amour, concilie les contraires et trouve un aliment partout.

En vain rassure-t-on le jaloux sur un point, lui prouve-t-on l’inanité singulière de ses soupçons. Son cerveau malade crée à l’instant même cent raisons nouvelles de suspecter celle qu’il aime.

Dira-t-on qu’il y a des cas où la jalousie est justifiée et d’autres où elle absurde ? Cette distinction est sans valeur au point de vue du sujet. La seule chose positive dans la jalousie est la souffrance qu’elle cause à celui qui la ressent. On montre qu’un homme a toutes les raisons du monde d’être jaloux. Sa femme a un amant ; il la soupçonne, il a peut-être des certitudes. Oui, mais il n’en souffre pas ; il n’est pas jaloux ; tandis que voici, à côté de lui, un homme dont la femme fidèle ne songea jamais à le tromper et qui pourtant est torturé par la jalousie.

La jalousie est donc un état chronique, avec crises plus ou moins violentes suivant les circonstances, et l’on est jaloux comme on est cardiaque, arthritique ou tuberculeux.

Quand la jalousie s’attaque à un être sain, elle peut le rendre momentanément malade. Mais grâce à sa forte santé, il élimine bientôt le virus dangereux.