— Veuillez l’écrire.
Les mêmes questions furent posées au sujet des généraux commandant l’état-major du Don. Les réponses de Savinski furent négatives. Soudain Ouritski, qui marchait fébrilement dans la pièce, s’arrêta devant Savinski et lui demanda à brûle-pourpoint :
— Connaissez-vous l’ingénieur Mouchine ?
Savinski hésita un instant, puis se reprit et d’une voix nette dit :
— Non.
Ouritski prit alors le procès-verbal, le lut à haute voix.
— Veuillez signer, dit-il. Vous êtes libre.
Il se leva et le salua. Savinski se dirigea vers la porte. Comme il allait l’ouvrir, la voix blanche d’Ouritski l’arrêta.
— Il serait très peu sage de votre part, Nicolas Vladimirovitch, de revoir Spasski, ni d’avoir quelques relations que ce soit avec lui, et non plus avec l’ingénieur Mouchine. C’est un conseil que je vous donne… Au revoir.
Savinski sortit, mais, pendant qu’on accomplissait les formalités de levée d’écrou, les dernières paroles du commissaire retentissaient encore en lui et le glaçaient. « Quelle insolence à me parler ainsi ! pensa-t-il. Pouvait-il me faire plus explicitement comprendre qu’il n’ajoutait aucune foi à mes déclarations ?… Cet homme joue avec moi. Cette histoire n’est pas finie… » Toute sa joie avait disparu.