— Mon père est à la fin de ses jours, dit-elle. Il n’aime que moi au monde ; je ne puis le quitter, mais croyez bien, Léon Borissovitch, que je serai désolée de vivre à Helsingfors. D’abord, je déteste les Finlandais…

— Bravo ! cria Séméonof enchanté, j’entends une vraie Russe… Vous verrez, Lydia Serguêvna, ce que nous allons faire avec notre armée. Mais si vous partez…

Il s’arrêta, hésita, regarda Lydia bien en face et ajouta :

— Est-ce que vous aurez vraiment le courage de nous laisser ?…

Et, sans lui laisser le temps de répondre, il continua :

— Eh bien, si vous vous en allez, je suis certain que vous reviendrez, à moins que ce soit nous qui allions vous chercher en Finlande.

Et, tout à coup, il dit :

— A propos, que pense de tout cela notre ami Nicolas Vladimirovitch ? Vous savez que nous ne le laissons pas partir.

Lydia, surprise par cette attaque inattendue, ne put s’empêcher de rougir. Ce Séméonof était décidément un homme dangereux, elle l’avait bien jugé dès le premier jour. Comme elle aurait voulu crier la vérité à Séméonof, qui s’imaginait pouvoir lui plaire ! Elle se mordit les lèvres et se borna à répondre :

— Vous le lui demanderez vous-même, Léon Borissovitch.