Il franchit à pied les quelques centaines de pas qui le séparaient de la gare. Une foule de gens se pressaient le long de barrières de bois dont deux soldats gardaient l’entrée. Il fallait montrer un laissez-passer pour pénétrer à l’intérieur. Savinski tira le permis dont il s’était muni et entra sans difficulté. Dans la gare, l’affluence était moins grande. Le train pour Reval était déjà formé. Il se dirigea vers un wagon de seconde classe.

Comme il mettait le pied sur les marches, une voix derrière lui dit :

— Nicolas Vladimirovitch…

Instinctivement, il se retourna.

Un homme de taille moyenne, en civil, à la courte barbe blonde, le regardait.

— Veuillez m’accompagner jusqu’au commissariat de la gare, Nicolas Vladimirovitch.

Savinski, sans élever une protestation, le suivit.

Après les heures d’angoisse qu’il venait de vivre, il éprouvait une étrange impression de calme, de détente. Le destin avait parlé.

Une heure plus tard, il était enfermé à la Gorokhovaia. Sa fiche d’écrou portait : « A soutenu de Pétrograd tous les mouvements d’insurrection contre la République des Soviets, était en liaison avec Spasski, arrêté le 1er mars 1919 à la gare Baltique au moment où il essayait de franchir la frontière, porteur d’un faux passeport. »

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PSKOF