Lydia passa lentement dans la pièce que lui indiquait Savinski, et celui-ci, une fois la porte fermée, fit introduire son nouveau visiteur, qui n’était autre qu’André Spasski.
Savinski constata tout de suite que Spasski n’avait en rien perdu son sang-froid. Il était calme comme à l’ordinaire, et on ne voyait pas trace de nervosité sur son visage.
— J’ai été averti à temps par un coup de téléphone, dit-il, et j’ai quitté mon appartement sans attendre une minute. Les bolchéviques me font l’honneur, paraît-il, d’attacher un certain prix à ma capture. Ils sont chez moi à l’heure où je vous parle. Mais ils ne m’auront pas facilement.
— Qu’allez-vous faire ? demanda Savinski.
— D’abord, me cacher. Grâce à Dieu, j’ai plus d’une maison sûre ici, et j’ai aussi un excellent passeport.
Il sortit de sa poche un papier froissé et tendit à Savinski un passeport déjà couvert de cachets au nom de l’ingénieur Paul Pavlovitch Mouchine, âgé de trente-huit ans.
— Je vais passer chez les cosaques de Krasnof. Cela ne sera pas difficile. Krasnof aura plus de confiance en moi qu’en Kerenski qu’il méprise. Peut-être prendrons-nous Pétrograd ! Ces coquins n’aiment pas se battre.
Spasski souriait tout le temps en parlant.
— Mais avez-vous de l’argent ? demanda Savinski.
— J’en ai, répondit le visiteur. Je me sauve. Je suis un personnage compromettant, ajouta-t-il. Il ne faut pas qu’on me trouve chez vous. Je vous ferai tenir de mes nouvelles par un de mes hommes. Il viendra de la part de l’ingénieur Mouchine. Pour vous, vous n’avez, je crois, rien à craindre pour le moment. Séméonof sent qu’il aura besoin de vous. Au pire, vous avez quelques semaines de répit. Au revoir, Nicolas Vladimirovitch, car nous nous reverrons.