Lydia comprit qu’il disait la vérité. Et, de nouveau, il y eut un long silence. Un domestique entrant pour annoncer que le dîner était servi l’interrompit. Savinski se leva et allait prendre congé. Lydia le retint.
— Attendez un instant, dit-elle. Je descends avec vous. Donnez-moi une minute pour que je me coiffe.
Elle s’assit à la table de toilette et souleva les lourds cheveux qui couvraient ses épaules et son dos. Elle les peigna, les roula en deux torsades et les ramena sur le derrière de la tête où elle les assujettit avec un grand peigne. Savinski, sans mot dire, la regardait. A assister ainsi à sa toilette, il semblait qu’une intimité nouvelle était née entre eux et il sentait de grandes ondes de bonheur couler en lui. Il ne pensait à rien. La voir près de soi était suffisant.
Lorsqu’elle eut fini, elle se leva et, comme ils descendaient, elle lui dit du ton d’une petite fille qui a été méchante et qui tient à savoir si on lui en veut toujours :
— Voudrez-vous encore vous promener avec moi, Nicolas Vladimirovitch ?… Je vous expliquerai une grande chose que vous n’avez pas comprise : c’est que la solution de papa et la vôtre n’est précisément pas une solution de révolution… Vous comprenez ce que je veux dire, c’est la solution qu’on ne doit pas prendre précisément parce que nous sommes en pleine tempête.
Savinski s’arrêta stupéfait.
— Non, je ne comprends pas, je l’avoue, Lydia Serguêvna. Que voulez-vous dire, pour l’amour du ciel ?
— Naturellement vous ne comprenez pas, fit-elle enchantée, comment pourriez-vous comprendre ? C’est un peu trop compliqué pour un homme comme vous… Je vous raconterai ça un jour, je vous le promets.
Elle riait de bonne humeur et se moquait de lui si gentiment que Savinski se mit à rire avec elle.