Dans un soudain besoin d’expansion, Savinski lui dit qu’il avait eu, la veille, à la Banque, la visite de Séméonof, que cet homme l’avait exaspéré, l’avait fait sortir du sang-froid qu’il aurait dû garder et qu’il craignait de s’en être fait un ennemi. Il lui cita la phrase de Séméonof sur le prix de la vie d’un homme.
Lydia, qui l’écoutait avec beaucoup d’intérêt, l’interrompit et lui dit avec vivacité :
— Cet homme peut être très méchant, Nicolas Vladimirovitch… Je ne l’aime pas ; il me fait peur. Prenez garde qu’il songe à se venger. Il est tout-puissant, paraît-il.
Savinski haussa les épaules.
— Les choses sont ainsi, dit-il avec fatalisme. Nous sommes dans les mains de Dieu, Lydia Serguêvna.
Il parut à Lydia qu’il avait l’air très fatigué.
Elle réfléchit un instant. De nouveau son visage prit une expression sérieuse, sa lèvre se crispa.
— Je veux encore vous poser une question. Ne vous moquez pas de moi, Nicolas Vladimirovitch, si aujourd’hui je vous interroge ainsi. A la suite de votre entretien avec Séméonof, n’avez-vous pas pensé à vous sauver en Finlande ?
Savinski la regarda d’un air étonné, comme s’il ne comprenait pas ce que la jeune fille lui demandait.
— Me sauver en Finlande, moi, pourquoi ?… Je n’y ai même pas songé, Lydia Serguêvna.