— Je ne comprends rien du tout, fit Savinski exaspéré.
Et soudain il comprit ; le petit Bogdanof avait peur qu’il ne profitât de cette heure pour s’enfuir.
— Vous craignez que je me sauve, dit-il en riant. Ah ! ah ! je vois la chose. Et il va sans dire que vous ne vous contenterez pas de ma parole d’honneur.
Bogdanof protesta par manière de politesse, mais il était évident que c’était précisément cela qu’il redoutait.
Savinski prit enfin son parti. Il alla à son bureau, y chercha un papier et le tendit au petit Juif qui multipliait les révérences.
— Je vous remercie, Nicolas Vladimirovitch. Je vais vous remettre, comme de droit, un reçu qui vous servira de pièce d’identité jusqu’à ce que je vous rende votre passeport.
Et il donna une feuille munie du cachet du commissariat où il porta le numéro du passeport et les indications nécessaires sur la personne à laquelle le reçu était délivré. Puis il sortit.
« Me voilà prisonnier, se dit Savinski ; la prison est grande, c’est la Russie, mais c’est une prison tout de même. »
Pendant une heure il poursuivit Séméonof au téléphone. Il ne le trouva ni chez lui, ni au commissariat des Affaires étrangères, ni à Smolny. Séméonof semblait avoir disparu de Pétrograd. De guerre lasse, il renonça à ces vains appels, se promettant de passer l’après-midi à l’ancien ministère sur la place du Palais.
Il se rendit chez Ivan Choupof-Karamine. Celui-ci était à la maison. Savinski voulait savoir si on lui avait réclamé son passeport. — Non, il n’en avait pas entendu parler.