A ce moment, la princesse traversa le salon et adressa la parole à Savinski. Le repas allait être servi. Voudrait-il partager avec eux un médiocre dîner de révolution ?
Savinski refusa. Déjà il ne supportait plus d’être avec Lydia en compagnie. Il avait été si loin dans son intimité avec elle que seul le tête-à-tête pouvait le satisfaire.
Lorsqu’il revit Lydia, elle paraissait avoir oublié l’émouvante scène qui les avait rapprochés l’un de l’autre. La seule différence que Savinski put remarquer fut une nuance de sérieux dans toute sa façon d’être, quelque chose de plus volontaire, comme si elle avait arrêté un plan auquel elle était décidée de se tenir. De lord Douglas, il n’était plus question entre eux. De Finlande, il parla une fois seulement sans nommer ni sa femme, ni ses enfants, mais pour dire qu’il avait encore des affaires à y régler. Les nouvelles qu’on en recevait étaient mauvaises. On avait l’impression d’être à la veille d’une crise. Lydia laissa passer ces explications sans y répondre.
Pendant quelques jours, ils ne purent sortir ensemble. Un matin — la veille ils ne s’étaient pas vus — elle l’appela au téléphone. D’abord, il eut de la peine à reconnaître sa voix. Le timbre en était changé et l’accent. Il le lui dit et lui en demanda la cause. Elle répondit sur un ton plus ouvert. Elle n’était pas libre dans l’après-midi, mais s’il dînait chez lui ce soir, elle lui téléphonerait vers sept heures, pour causer avec lui un moment.
— Je dîne seul chez moi, dit Savinski, et j’attendrai votre téléphone. Mais comment passerai-je la journée sans vous voir ?
— Bah ! répondit-elle, nous nous verrons demain, Nicolas Vladimirovitch. Et à ce soir, en tout cas ; j’aurai quelque chose à vous dire.
De nouveau la voix redevint grave. Savinski voulait continuer la conversation. Mais déjà Lydia avait raccroché l’appareil.
XIII
“IN SUCH A NIGHT AS THIS”
The merchant of Venice