Il attendit quelques secondes, la tête baissée. Un bruit de pas légers sur le tapis : il leva les yeux. Lydia était devant lui.
Elle avait gardé sa fourrure. Elle se tenait droite, la tête un peu renversée en arrière, les yeux attachés sur Savinski, et l’émotion de ce dernier était telle qu’il ne vit pas le trouble qu’elle essayait de cacher. Elle fut la première à se remettre, et à Savinski qui était resté immobile, comme stupéfié par cette apparition, elle dit d’une voix qui ne tremblait pas :
— Eh bien, Nicolas Vladimirovitch, est-ce ainsi que vous accueillez vos hôtes ? Est-ce ainsi que vous me recevez à la première visite que je vous fais ?
— Lydia Serguêvna, dit-il, pardonnez-moi… Je ne sais si je rêve. J’étais plongé dans d’affreuses idées noires. Et vous voilà !…
Il lui avait pris les deux mains et se tenait tout contre elle. Un parfum de jeunesse avait rempli la pièce où il se morfondait seul il y a quelques instants. La chaleur qui rayonnait du poêle semblait plus forte, l’électricité plus brillante.
— C’est vous, reprit-il, chez moi !… Et je vous laisse là debout ; je ne vous fais même pas asseoir, je ne vous offre rien… Mais j’espère que vous pouvez rester quelques minutes… Je vous raccompagnerai tout à l’heure… Enlevez votre manteau, Lydia Serguêvna, vous prendriez froid en sortant. Vous voyez, j’ai un appartement tout petit, mais il y fait chaud, comme aux temps bénis des tsars.
Il lui prit sa fourrure et fut surpris de découvrir que Lydia était en toilette décolletée, comme il l’avait vue aux soirées de Nathalie.
— Allez-vous dîner quelque part ? demanda-t-il. Chez notre voisine, sans doute ?
Avec un peu de confusion, Lydia dit sans oser le regarder :
— J’avais pensé, Nicolas Vladimirovitch, qu’aujourd’hui vous m’inviteriez à dîner… si je ne vous gêne pas, cependant. Peut-être avez-vous à travailler ?… Dites-le franchement, et je m’en irai tout de suite…