CORLAIX. Pourquoi?

MORBRAZ. Parce que tu racontes des choses pas croyables! Réfléchis donc une fois dans ta vie, tourte? Comment?… Voilà un bateau ennemi qui ne sait pas seulement ce que c'est que les signaux de reconnaissance, qui n'en a jamais entendu parler! c'est secret les signaux de reconnaissance! Il n'y a que les officiers à savoir ce secrèt-là … et même … pas tous les officiers?… Quelques-uns seulement … ceux qui en sont chargés … Sur ton Alma, combien en avais-tu d'officiers au courant de la chose?

CORLAIX [ouvre le dossier que Le Duc a placé à sa portée]. Voici la liste de l'État-Major de l'Alma! Voyons … Eh bien, Commandant, nous étions quatre: mon second Fergassou, l'officier de manoeuvre Vertillac, l'officier de montres Brambourg et moi-même. [Il laisse le dossier ouvert.]

MORBRAZ. Quatre! Tu vois bien! ça ne fait pas gras, quatre!

CORLAIX. Non.

MORBRAZ. Alors, voilà un bateau ennemi qui ignore les signaux de reconnaissance et qui répond correctement à tes deux questions? Tu trouves que c'est croyable, toi?

CORLAIX. Ce que j'affirme, c'est que le bateau ennemi a allumé les deux réponses qu'il fallait, combinées comme il fallait. Je les ai vues, moi, que voilà, et beaucoup d'autres les ont vues comme moi.

MORBRAZ. Évidemment! beaucoup d'autres les ont vues, seulement il n'en reste plus … Voilà ma sale nouvelle. Tu n'as pas de témoin pour toi. Pas un. Autant dire que tu es foutu, mon pauvre vieux, comme pas un quiconque!

CORLAIX. Commandant! Voyons! Nous sommes cent vingt-quatre survivants, grâce à Dieu!

MORBRAZ. Parfaitement! cent vingt-quatre! dont cent vingt-trois n'ont rien vu, rien de rien, pas un fifrelin!