FERGASSOU. Eclipsons-nous sans en avoir l'air …
[En riant, ils vont rejoindre les joueurs. Ceux qui ne sont pas assis à la table de bridge se groupent pour suivre la partie. Jeanne et Corlaix restent seuls dans le salon.]
JEANNE [qui est assise délibérément près du bureau de Corlaix]. Eh bien,
Fred?
CORLAIX. Vous êtes bien sûre que c'est moi qui ai à vous parler? [Jeanne fait un "oui" très sérieux de la tête.] Ah! alors … Mais qu'est-ce que j'ai à vous dire?
JEANNE. Oh! Fred! Il faut que ce soit moi qui vous souffle … dans des circonstances pareilles? [Affectueusement] Vous avez à me dire que vous auriez beaucoup de peine s'il vous fallait quitter votre petite fille sans lui dire adieu!
CORLAIX. Voyons! Voyons! Pour une petite fille, le départ d'un vieux monsieur n'est jamais une chose bien grave!
JEANNE. Un vieux monsieur? Mais je vous défends de traiter ainsi mon mari … On voit bien que vous ne le connaissez pas. Si vous pouviez l'apprécier, vous sauriez qu'il est le plus brillant officier de notre marine et que je serais, moi, un monstre si je n'étais pas extrêmement fière d'être sa femme. Vous sauriez que je suis devant lui comme un enfant qui a trouvé dans son sabot de Noël un cadeau magnifique, beaucoup trop magnifique, bien au-dessus de son intelligence et de son âge. Il le regarde avec respect et il est impatient de grandir pour le connaître tout à fait …
CORLAIX. Le petit Noël s'est trompé …
JEANNE. Le petit Noël ne se trompe jamais!
[Un temps. Corlaix médite, le regard perdu. Tous les mots lui ont fait mal.]