CORLAIX. Sitôt que la torpille allemande nous eut frappés, je fis rappeler aux postes d'évacuation … L'ennemi était déjà coulé bas à ce moment, Amiral … Le temps manquait pour mettre aucune embarcation à la mer, mais des barques de pêche étaient alentour. Mes officiers rallièrent leurs postes dans les fonds et y restèrent jusqu'à la fin, puisqu'ils n'eurent pas le temps de faire sortir tous leurs hommes devant eux.

LUTZEN. C'est ce que je pensais. Autrement dit, vingt-deux officiers français sont morts pour sauver cent vingt-quatre matelots français et pour essayer d'en sauver davantage. Ils n'on fait que leur devoir, et je n'en aurais pas ouvert la bouche, s'il n'était pas utile que le pays en fût informé.

FOLGOET. Greffier, appelez Monsieur Brambourg à la barre. [A Le Duc.]
Toi, va-t'en.

LUTZEN. Pardon, Amiral … avant que celui-ci s'en aille …

FOLGOET. Mon cher Amiral, c'est moi qui vous demande pardon! Greffier! tiens bon!

LUTZEN [à Le Duc]. Accoste ici, toi. C'est Le Duc qu'on t'appelle, hein? Ça va comme ça, espère un peu … Tantôt tu nous as expliqué que pour les choses avant qu'on eût rappelé aux postes de combat, tu ne te rappelles rien. Mais pour les choses après? Tu es un peu là, hein, pour te les rappeler les choses après?

LE DUC [à l'aise]. Pour sûr comme vous dites, Amiral.

LUTZEN. Bon ça. Alors, écoute voir. Sitôt que le clairon eut rappelé … qu'est-ce que tu as fait?

LE DUC. Je m'ai foutu la gueule par terre, Amiral, rapport à ça qu'il nous est arrivé quasi tout de suite un obus droit dans la passerelle, autant dire. Même que j'ai point seulement eu la chance d'être blessé!

LUTZEN. Bon. Alors puisque tu n'étais point blessé, tu t'es ramassé. Et sitôt ramassé, qu'est-ce que tu as encore fait?