MORBRAZ. Pardon! comment dites-vous, Monsieur! "Il vous semble" Diantre! faites-y attention! Nous ne sommes pas ici dans un roman psychologique! "Il vous semble" à vous? Eh bien à moi, il me semble que ça passe toute mesure. Bon sang, il me semble qu'ici l'honneur et la carrière d'un officier sont en train de se jouer à pile ou face. Et il me semble que l'honneur d'un officier ça doit peser lourd dans la conscience d'un autre officier, c'est votre avis, je suppose?

BRAMBOURG. Certes! c'est bien pourquoi!…

MORBRAZ. C'est bien pourquoi je vous prie instamment de peser vos paroles! Vous n'êtes pas l'ami de Monsieur, je sais: s'il est condamné, vous ne pleurerez pas! c'est entendu! Mais moi qui suis son ennemi, si fait! son ennemi! je dis bien et je répète: son ennemi puisque nous sommes lui accusé, moi accusateur … je suis donc son ennemi, mais je vous jure tout de même, foi de marin, que si je lui cassais les reins tout à l'heure, à Monsieur, en le faisant condamner aux maximum et qu'il me fût prouvé par la suite que je me suis trompé et qu'il était innocent, ah! ah!… j'aime mieux ne pas penser à cela parce que ça passerait la mesure de toutes les mesures des sacrés tonnerre de nom d'un chien … enfin … j'aimerais mieux crever, voilà, Monsieur! j'ai tout dit! A vous le crachoir!

BRAMBOURG [avec effort]. Je ne me souviens pas. Je ne suis sûr, absolument sûr de rien. Tout à l'heure, j'avais même oublié être entré dans la chambre avant de faire ma ronde. On m'a aidé, je m'en suis souvenu, qu'on m'aide encore, je supplie qu'on m'aide encore …

MORBRAZ. Essayons. Voyons, Monsieur, vous êtes dans la chambre de
Monsieur d'Artelles.

BRAMBOURG. Oui.

MORBRAZ. Devant le hublot.

BRAMBOURG. Oui.

MORBRAZ. Le hublot qui est ouvert.

BRAMBOURG. Oui.